SEXUALITÉ
EN MAISON DE RETRAITE :
ATTITUDE
ET OBSTACLE A L’EXPRESSION D' UNE SEXUALITÉ
La sexualité chez l’être
humain débute à la naissance et se poursuit toute son existence.
Les besoins sexuels des
personnes âgées sont comparables à ceux des sujets jeunes mais différent en
fréquence, intensité et mode d’expression.
Tout individu a besoin
d’amour, d’intimité et d’affection. Toutefois, nos idées préconçues,
nos préjugés et notre ignorance restreignent l’expression d’une sexualité
chez les personnes âgées.
Notre société tournée
vers le culte de la jeunesse associe l’expression de la sexualité à la
jeunesse, à la santé et à la beauté. Ainsi finit-on par penser qu’une
personne âgée est asexuée.
De ce fait, les besoins
sexuels des personnes âgées restent le plus souvent occultés, niés, réprimés
ou ignorés.
Ceci
est particulièrement vrai dans les maisons de retraite.
Négliger la sexualité des
résidents de maisons de retraite constitue une erreur dans l’appréciation
d’une facette importante de leur état de santé. Les conséquences pour cette
collectivité peuvent être psychologiques, sociales et affecter également la
santé physique.
Les maisons de retraite,
dans la perspective d’améliorer l’état de santé et le bien-être de leurs
résidents ne peuvent ignorer les différent aspects relatifs à leur sexualité.
Tout d’abord, leur
sexualité ne doit pas être définie dans des termes trop restrictifs.
Dans la population âgée la
sexualité peut prendre une forme tout autre, ayant pour finalité
l’affection, le romantisme, la compagnie, la tenue vestimentaire ou le simple
besoin de se sentir attirant, masculin ou féminin. En d’autres termes, toute
activité qui sous-tend la sensation d’être aimé.
En maison de retraite
certains travaux ont montré que l’expression de la sexualité se faisait
surtout à travers la volonté de se maintenir physiquement attirant.
La demande d’intimité
chez les résidents concerne en premier lieu la possibilité de relation sociale
intime, intellectuelle ou émotionnelle et en dernier lieu la possibilité
d’avoir des relations sexuelles.
Pour tous les résidents, la
qualité de ces relations prime sur leur fréquence.
Au cours de l’avancée en
âge, il existe une modification progressive des désirs, évoluant d’une
sexualité physique vers une sexualité plus orientée : vers l’intimité
ainsi qu’un aboutissement du désir sexuel autre que l’acte lui-même.
La maison de retraite doit
faciliter l’épanouissement de ses résidents et contribuer à éviter un
sentiment de frustration.
Par nécessité les maisons
de retraite sont tournées vers la prise en charge médicale dans un
environnement sûr et thérapeutique.
Cette gestion du quotidien
empiète sur le contrôle de la plupart des aspects de la vie des résidents.
La sexualité des résidents
est également réprimé par de nombreux obstacles liés au fonctionnement même
de l’institution.
Il faut donc essayer de
trouver le juste équilibre entre la culture médicale et le besoin d’indépendance
des résidents.
La plupart des personnes âgées
vivant en maison de retraite reconnaissent avoir des désirs sexuels et pensent,
tant les hommes que les femmes, qu’ils devraient être autorisés à avoir des
activités sexuelles même si la plupart reconnaissent ne pas être actifs par
manque d’occasions.
Malgré les incapacités et
l’institutionnalisation, la libido persiste chez les résidents de maisons de
retraite.
Peu de travaux ont abordé
le sujet de la sexualité des résidents de maisons de retraite.
Dans une étude texane en
maison de retraite, 8 % des résidents étaient sexuellement actifs. Parmi les
inactifs, 17 % auraient aimé l’être mais manquaient d’occasions.
Le comportement sexuel
durant les années de jeunesse apparaît fortement prédictif du comportement
aux âges les plus avancés.
Dans une autre étude américaine,
parmi 61 hommes vivant en maison de retraite, sans altération des fonctions
cognitives, 2/3 exprimaient un désir sexuel mais rares étaient ceux encore
sexuellement actifs. Chez ceux ayant une partenaire, 17 % avaient encore des
rapports sexuels avec elle au moins une fois par mois et 73 % avaient des
activités sexuelles sous d’autres formes.
Une conclusion commune à
tous les travaux est que l’intérêt pour la sexualité persiste même chez
les sujets les plus fragiles des maisons de retraite.
Un des obstacles principaux
semble être le manque d’intimité souvent lié à l’organisation
architecturale des bâtiments ouverts comme un espace public.
Le manque d’information
des équipes soignantes et des familles sur la sexualité des personnes âgées
contrarie également l’expression d’une sexualité chez les résidents.
Les comportements sexuels
sont plus souvent perçus par les équipes soignantes comme un problème ou une
pathologie que comme l’expression d’un besoin d’amour ou d’intimité.
Les enquêtes menées parmi
des soignants de long séjour montrent que la majorité considèrent que leurs résidents
n’ont pas à maintenir une sexualité même s’ils reconnaissent que ces mêmes
résidents ont encore des besoins sexuels.
Un autre obstacle majeur est
souvent l’absence ou le manque de partenaire sexuel potentiel.
Certains auteurs rapportent
qu’environ 30 % des hommes et 40 % des femmes évoquent l’absence de
partenaire potentiel comme raison principale à leur inactivité sexuelle en
maison de retraite.
Le dernier problème fréquemment
présent dans les maisons de retraite est celui des patients souffrant de démence
et exprimant un désir sexuel.
Certaines études rapportent
qu’environ 7 % des patients atteints de maladie d’Alzheimer manifestent un
comportement sexuel désinhibé.
Les hommes sont plus fréquemment
concernés et la prise en charge de ces patients est souvent problématique pour
les équipes soignantes.
Il est toutefois important
de comprendre que le plus souvent leur désir sexuel est réel et que seul leur
façon de l’exprimer est pathologique et secondaire à leur maladie neurodégénérative.
Les troubles du jugement et
les troubles de la mémoire conduisent ces patients à exprimer ouvertement un désir
sexuel envers d’autres résidents ou des membres de l’équipe soignante.
Leur comportement peut également
être généré par de mauvaises interprétations par exemple lorsqu’un
membre de l’équipe soignante aide un résident à se déshabiller ou
à prendre un bain.
Ces aides peuvent être
interprétées comme des avances sexuelles, raisons pour lesquelles, il est
important que les soignants expliquent et rappellent en permanence le sens de
leurs actes.
La confusion, les
hallucinations sont fréquentes et peuvent également générer des
comportements sexuels inappropriés et parfois conduire les sujets déments à
formuler de fausses accusations sur des abus sexuels mettant en cause des
membres de l’équipe médicale.
Quel que soit l’âge,
le besoin d’amour, de contact, de compagnie et d’intimité persiste.
Cette vérité
s’applique également aux résidents de maisons de retraite.
Les enquêtes menées en
institution démontrent que l’intérêt pour la sexualité persiste dans cette
population mais qu’il est souvent négligé par les équipes soignantes.
La sexualité des résidents
est plus souvent perçue comme un comportement anormal que comme l’expression
d’un désir d’amour et d’intimité.
Des comportements sexuels
inappropriés peuvent toutefois survenir en maison de retraite et poser
d’authentiques problèmes aux équipes soignantes.
La frontière entre les
comportements sexuels inappropriés et normaux est parfois difficile à déterminer,
notamment en maison de retraite.
Les comportements sexuels
inappropriés sont le plus souvent présents chez les résidents ayant une altération
des fonctions supérieures.
Le suivi de patients
souffrant de maladie d’Alzheimer rapporte qu’environ 7 % présentent des
troubles du comportement sexuel.
En général, ces
comportements sont corrélés dans la sévérité clinique de la démence et
concernent plus souvent les hommes que les femmes.
Pour les équipes
soignantes, différencier les comportements sexuels normaux des comportements
anormaux peut être problématique.
En effet, les comportements
des patients déments peuvent parfois être difficiles à interpréter.
Ces patients déments
peuvent ne pas avoir conscience de leur environnement et adopter en société un
comportement considéré comme normal en privé mais pas en public (la
masturbation par exemple... ).
Il peut également arriver
qu’un patient dément identifie à tort un autre résident ou un soignant
comme son conjoint et adopte un comportement qui serait approprié pour un
couple marié.
La prise en charge de ces
troubles nécessite donc une évaluation préalable.
La première étape est une
bonne connaissance du dossier médical et de l’histoire sexuelle du patient.
Il est nécessaire
d’obtenir des informations fiables auprès de la famille, des proches, sans
toutefois rompre la confidentialité.
De nombreuses pathologies
peuvent conduire à l’apparition de troubles du comportement sexuel (maladies
neurodégénératives, accidents vasculaires cérébraux, traumatismes crâniens,
pathologies psychotiques).
La prise de certains médicaments
(dopaminergiques) doit être recherchée.
Enfin, un comportement
sexuel inapproprié peut-être l’expression d’une confusion.
En tenant compte du niveau
cognitif du patient, tout acte sexuel inapproprié doit conduire à une
information du résident, sur le caractère anormal de ses actes.
L’équipe soignante doit
rechercher l’évènement ayant favorisé l’émergence de ce comportement
afin de ne pas le réitérer dans la mesure du possible.
Par exemple, si un résident
masculin réalise des avances sexuelles inappropriées à une résidente, l’équipe
soignante doit s’efforcer lors des activités communes, de l’éloigner des
autres femmes.
Le choix de vêtements
s’ouvrant dans le dos peut également être une solution pour restreindre
certains actes impliquant les mains, tels que les attouchements génitaux, voire
les masturbations en public.
Ces stratégies incluent également
l’autorisation de visites conjugales en utilisant des signalisations telles
que “ne pas déranger” ou en autorisant la fermeture des portes pour
permettre aux résidents d’exaucer leur désir sexuel en toute intimité.
Il est également important
d’encourager les familles à embrasser, toucher ou caresser leur proche.
Enfin, la présence
d’animaux domestiques ou la manipulation d’objets familiers peut permettre
de satisfaire certains désirs de compagnie, d’amour ou d’intimité.
En cas d’échec des
interventions comportementales, certaines thérapeutiques pharmacologiques
peuvent être envisagées.
Les maisons de retraite sont
confronté à des situations embarrassantes : d’un côté elles ont le devoir
d’offrir le maximum de liberté à leurs résidents y compris l’intimité et
la liberté sexuelle et de l’autre, elles doivent protéger les autres résidents
de tout abus, négligence ou dommage.
Dans de telles situations
les équipes devraient essayer de favoriser un environnement permettant aux résidents
d’assouvir leur désir et leur besoin en faisant en sorte de ne pas choquer la
dignité des autres résidents.
Il est toutefois important
de bien évaluer les capacités de jugement des résidents dans de telles
situations. .
Malheureusement le plus
souvent la solution n’est pas simple, compliquée par les règles restrictives
de l’institution ainsi que par les réticences des membres de la famille à
accepter une telle relation.
L’information des familles
est souvent importante mais difficile.
Le cas des patients déments
pose un problème particulier.
Certains auteurs considèrent
qu’au stade débutant de la démence, les capacités de décision sur les
notions de base et de plaisir immédiat, comme les activités sexuelles, sont
maintenues.
En dernier lieu, des efforts
doivent être réalisés pour améliorer l’environnement des maisons de
retraite.
Les résidents doivent
pouvoir bénéficier d’intimité et doivent être encouragés à exprimer leur
sensualité et leur beauté grâce au passage d’esthéticienne,
l’organisation d’évènements sociaux voire romantiques.
Les équipes soignantes
doivent admettre que les personnes âgées ont également besoin de contact
physique, de s’embrasser, de se toucher, de se tenir main dans la main.
Tableau
Obstacles
à l’expression d’une sexualité en maison de retraite
Manque d’intimité
Manque de partenaire
potentiel
Pathologie mentale
Limitation physique
Attitude de l’équipe
soignante
Attitude des membres de la
famille
Effets indésirables des
prescriptions médicamenteuses
Le sentiment de ne pas être
attirant
Trouble de l’érection
chez l’homme
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